Objectifs : poser les indications de l'IRM ; connaître le protocole et les trois signes cardinaux (œdème, hyperhémie, nécrose / fibrose) ; appliquer les critères de Lake Louise 2018 ; reconnaître un rehaussement tardif non ischémique et ses formes de mauvais pronostic.
IIntroduction
Définition
Myocardite : inflammation du myocarde.
Jusqu'à 12 % des morts subites du sujet jeune.
Étiologies
Origine infectieuse virale +++ (parvovirus B19, herpèsvirus humain 6, adénovirus…).
Autres origines : immunologiques, toxiques, médicamenteuses…
IIDiagnostic clinique
Histoire clinique
Épisode grippal récent.
Examen physique
Non spécifique : de l'examen normal à la défaillance hémodynamique.
Fonction ventriculaire
Anomalies de la contractilité ; dysfonction du VG non spécifique ; dysfonction biventriculaire : mauvais pronostic.
ECG
Anomalies du segment ST et de l'onde T, présentes chez moins de 50 % des patients.
Biologie
Élévation des troponines dans seulement 35 à 45 % des cas.
Imagerie
Échographie, scintigraphie… et surtout IRM cardiaque, examen non invasif de référence.
IIIIRM : indications
Une triade indispensable : symptômes évocateurs + atteinte myocardique évidente + suspicion d'une origine virale.
1
Symptômes évocateurs
Nouveaux ou persistants :
Dyspnée, orthopnée.
Palpitations.
Malaise à l'effort.
Douleurs thoraciques.
2
Atteinte myocardique évidente
Dysfonction ventriculaire.
Anomalies ECG.
Élévation des troponines.
3
Suspicion d'une origine virale
Virose récente / antécédent de myocardite.
Absence de facteur de risque coronarien.
Âge < 35 ans.
Symptômes inexpliqués par une atteinte coronaire.
Tests fonctionnels coronaires récents négatifs.
IVProtocole IRM — myocardite
#
Séquence
Coupes
Ce que l'on cherche
1
T2 STIR / T2 sang noir
Petit axe basal, médian, apical ± 4 cavités
Œdème myocardique : hypersignal T2.
2
Cartographie T2
Petit axe basal, médian, apical
T2 allongé = œdème.
3
Cartographie T1 native
Petit axe basal, médian, apical
T1 allongé = atteinte inflammatoire / œdème.
4
Injection
Chélates de gadolinium.
5
Rehaussement tardif10 à 15 min après injection · PSIR ou inversion-récupération
Petit axe + grands axes
Myocardite typique : rehaussement sous-épicardique ou médio-pariétal, de distribution non coronaire, souvent inféro-latéral.
6
Cartographie T1 après injection
Mêmes coupes que le T1 natif
Calcul du volume extracellulaire (ECV) avec l'hématocrite.
Bleu : séquences « T2 » (l'œdème) ; rouge : séquences « T1 » (la lésion). Ce code couleur est celui des critères de Lake Louise plus bas.
VIRM : les trois signes cardinaux
Les cibles tissulaires : œdème, hyperhémie et stase capillaire, nécrose et fibrose. S'y ajoutent les anomalies de la contractilité, la dysfonction ventriculaire et l'épanchement péricardique.
Diffus : normaliser au muscle squelettique (ratio ≥ 2,0).
Focal : sous-épicardique ou transmural ; ± épaississement pariétal.
Sans rehaussement tardif : lésions réversibles.
Corrélé à la présence d'un génome viral dans le sang.
2
Hyperhémie et stase capillaire
Rehaussement précoce : perfusion, ciné ou T1 juste après gadolinium.
Augmentation du signal myocardique avant / après gadolinium ≥ 45 %.
Ratio de rehaussement précoce myocarde / muscle ≥ 4.
N'est pas un critère de Lake Louise 2018 : l'hyperhémie est captée par le T1 natif et l'ECV.
3
Nécrose et fibrose
Rehaussement tardif multifocal ou linéaire sous-épicardique, de distribution non vasculaire.
Inféro-latéral >>> antéro-septal.
Peu sensible si l'atteinte myocardique est limitée.
Un même foyer inféro-latéral, trois séquences
Schémas pédagogiques (pas des images de patients). Le T2 voit l'eau ; le T1 natif voit l'eau et l'inflammation ; le rehaussement tardif voit la nécrose et la fibrose, ici sous-épicardique.
VICritères de Lake Louise (2018)
Les critères de 2018 intègrent l'imagerie paramétrique (cartographies T1 et T2, volume extracellulaire).
Pour parler de myocardite, le myocarde doit être Trempé (T2) &etTouché (T1).
T1 natif allongé en cartographierégional ou global
ECV augmentévolume extracellulaire
Rehaussement tardif non ischémiqueau moins un foyer
=
Myocardite≥ 1 T2 + ≥ 1 T1Au moins un critère de chaque colonne : spécificité maximale.
Les 2 « P » de soutien
PPéricarde : épanchement ou hypersignal du péricarde.
PPompe : trouble de la cinétique, dysfonction systolique du VG.
2/2
T2 + T1
Myocardite
Au moins un critère T2 et au moins un critère T1.
→ Diagnostic retenu
1/2
T2 ou T1 seul
Possible
Peut soutenir le diagnostic dans un contexte évocateur, avec une spécificité moindre.
→ IRM de contrôle à 1-2 semaines
0/2
Aucun critère
Pas d'argument IRM
Mais si le tableau clinique est très évocateur (ou les symptômes très récents)…
→ IRM de contrôle à 1-2 semaines
Calculateur Lake Louise
Aide au calcul — résultat à valider par le radiologue.
VIILes aspects IRM à connaître
Sept situations types, chacune avec son schéma : où se trouve l'anomalie, dans quelle couche du myocarde, et ce qu'elle signifie.
Schémas pédagogiques dessinés pour la fiche : ce ne sont pas des images de patients. L'œil-de-bœuf indique les segments atteints (17 segments AHA).
Myocardite virale typique
Parvovirus B19 : la forme « pseudo-infarctus »
Présentation proche d'un infarctus du myocarde : douleur thoracique, troponine.
Rehaussement tardif sous-épicardique de la paroi latérale, le plus souvent inféro-latérale.
Récupération habituelle en quelques mois.
Une biopsie dirigée vers la zone rehaussée est bien plus rentable qu'une biopsie à l'aveugle.
Sous-épicardique + paroi latérale : la signature de la myocardite virale.
Forme septale
Herpèsvirus humain 6 (HHV6) : l'atteinte septale
Révélation volontiers par une insuffisance cardiaque de novo, surtout en cas de co-infection HHV6 + parvovirus B19.
Rehaussement tardif septal, en bande médio-pariétale.
Évolution plus souvent vers l'insuffisance cardiaque chronique.
Le siège du rehaussement oriente le pronostic : septal = forme plus sévère.
Pronostic
FEVG préservée : le motif antéro-septal inquiète
Deux motifs dominent : sous-épicardique inféro-latéral (le plus fréquent) et médio-pariétal antéro-septal.
Le motif antéro-septal : rehaussement plus étendu, VG plus dilaté et pronostic plus sombre.
Vrai même quand la FEVG est normale.
Même avec une FEVG normale, un rehaussement médio-pariétal antéro-septal est un signal d'alarme.
Pronostic
Le rehaussement tardif prédit les événements
La présence d'un rehaussement tardif est le principal facteur pronostique de l'IRM, plus que la FEVG ou les symptômes.
Les aspects les plus péjoratifs : septal, médio-pariétal, en patch et étendu.
Une IRM normale est rassurante : risque d'événements très faible.
Au compte rendu : présence, siège, couche, motif et étendue du rehaussement tardif.
Cartographie T1
La cartographie T1 native, plus sensible
T1 natif allongé dans la zone atteinte, parfois de façon globale.
Plus sensible que le T2 pondéré ; utile pour une atteinte discrète ou sans injection de gadolinium.
En phase aiguë, les cartographies T1 et T2 sont très performantes ; en phase chronique, la cartographie T2 reste la plus utile.
Seuils propres à chaque machine et séquence : interpréter avec les normes locales.
Suivi
L'IRM à distance : œdème ou fibrose ?
L'œdème régresse le plus souvent ; le rehaussement tardif peut diminuer, voire disparaître.
À distance, un rehaussement sans œdème correspond à une fibrose définitive : pronostic plus sombre, surtout s'il est septal médio-pariétal.
Un œdème persistant signe une inflammation encore active, avec une chance de récupération.
En phase aiguë, rehaussement ≠ fibrose définitive ; à distance, rehaussement sans œdème = fibrose.
Post-vaccinale
Myocardite après vaccin ARNm contre la COVID-19
Surtout l'homme jeune.
Même aspect que les autres myocardites : rehaussement sous-épicardique basal inféro-latéral.
Mais en moins sévère : rehaussement moins étendu, FEVG mieux conservée, septum moins souvent atteint ; évolution favorable à court terme.
Même aspect que les autres myocardites, en moins sévère.
Cas du service
ŒdèmeHypersignal T2 sous-épicardique.Rehaussement tardifSous-épicardique, de distribution non coronaire.T1 natif allongéValeurs au-dessus des normes locales.Épanchement péricardiqueCritère de soutien.
VIIIAutres signes et pièges
Autres signes
Anomalies de la contractilité : peu spécifiques.
Augmentation transitoire de l'épaisseur pariétale.
Augmentation transitoire des volumes du VG.
Diminution de la masse myocardique en cours de récupération.
Épanchement péricardique : non spécifique.
Pièges techniques
Antenne de surface : signal inhomogène, faux négatif inféro-latéral et faux positif septal → correction d'intensité ou antenne corps.
Sang lent mal supprimé en T2 : faux hypersignal sous-endocardique ; l'œdème de myocardite est presque toujours sous-épicardique ou transmural.
Myosite associée : les ratios normalisés au muscle sont faussés.
Septum basal : la chambre de chasse, le septum membraneux et l'insertion de la bande modératrice peuvent simuler un rehaussement septal.
Épanchement ou graisse ? En ciné, la graisse entoure les coronaires et le sillon auriculo-ventriculaire, séparée par une fine ligne noire de déplacement chimique.
IRM des premiers jours moins sensible : savoir la répéter.
Ischémique ou non ischémique ?
IschémiqueDébute toujours au sous-endocarde et s'étend vers l'épicarde, dans un territoire coronaire (ici l'IVA).VSNon ischémiqueSous-épicardique ou médio-pariétal, sans systématisation coronaire ; le sous-endocarde n'est pas atteint de façon isolée.
IXTake home message — protocole a minima
1Fonction ventriculaire → ciné petit axe.
2Œdème → triple inversion-récupération (STIR) petit axe et 4 cavités.
3Hyperhémie → perfusion, T1 double inversion-récupération petit axe après gadolinium (rehaussement précoce).
4Fibrose → rehaussement tardif multiplanaire.
5Cartographies T1 + T2 seules ? Question encore débattue.