Fiche rapide · Digestif · Urgences

Imagerie de la pancréatite aiguë

Le pancréas en 3D et ses segments, des coupes axiales dessinées où chaque espace (pararénal antérieur, arrière-cavité, périrénaux…) est délimité et où l'on place les collections d'Atlanta, puis les scores (Atlanta, CTSI), les complications et les étiologies.

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IIntroduction

Inflammation aigue de la glande pancréatique en rapport avec son autodigestion par ses propres enzymes.

La PA œdémateuse

œdémateuse généralement bénigne

La PA nécrosante

nécrosante, potentiellement grave en fonction de l'étendue de la nécrose et de la survenue ou non de complications.

URG médico-chirurgicale pouvant mettre en jeu le pronostic vital ou être à l'origine de séquelles

80 %

La lithiase biliaire (migration d'un calcul biliaire) et l'alcoolisme chronique = les deux principales causes (80% des causes), la première étant la 1ère cause en Tunisie.

Le dg (+) peut être porté sur des arguments cliniques et biologiques.

L'imagerie, principalement la TDM, joue un rôle dans :

  1. L'évaluation de la gravité de l'atteinte pancréatique
  2. Recherche des complications + surveillance
  3. Dg (+) si tableau douteux

L'échographie et l'IRM ont des indications précises (recherche de calculs, caractérisation des collections).

Les collections constituent la principale complication. Elles sont classées selon leur délai d'apparition par rapport à la PA et la présence ou non de nécrose.

·Rappel anatomique : le pancréas en 3D et en coupes

Rappel ajouté à la fiche : segmentation du pancréas et espaces où diffusent les collections. Touchez un segment (en 3D ou sur la coupe) : il s'allume des deux côtés.

Touchez un segment : ses limites et ses rapports s'affichent ici.

Coupes axiales : segments et espaces

Niveau

Espaces (cliquez sur la coupe ou ici)

Choisissez un espace : il se colore et ses limites s'affichent.

  • péritoine pariétal postérieur
  • fascia rénal antérieur
  • fascia rénal postérieur
  • fascia latéro-conal

IIAnatomo-pathologie

On distingue deux formes de PA de pronostic différent :

La PA œdémateuse (interstitielle):

  • Œdème glandulaire sans hémorragie ni nécrose
  • Évolution vers la guérison

La PA nécrotico-hémorragique/ nécrosante :

En plus de l'œdème : lésions hémorragiques et nécrotiques intra et extra-pancréatiques. Divisée en 3 sous-types :

La nécrose mixte intra et extra parenchymateuse: ++(75-80%)
La nécrose péri-pancréatique isolée (20%)
La nécrose intra-pancréatique isolé (5%) : rare.

L'évolution est imprévisible (résolution complète, surinfection secondaire, fistulisation, persistance d'une collection).

IIIMoyens d'exploration radiologiques

1. ASP

Non recommandé : irradiant, peu sensible et peu spécifique.

Examen peut être normal ou montrer : un aspect d'anse sentinelle ; l'absence de pneumopéritoine.

2. Échographie

  • Examen souvent gêné par un iléus réflexe, rendant l'exploration du pancréas difficile.
  • Elle a plus d'utilité dans un but étiologique (recherche de lithiase biliaire).

3. TDM : examen clé

1Recherche de complications
2Chercher une éventuelle cause biliaire
3Orienter le diagnostic quand le tableau est atypique

Indications : quand faire le scanner ?

  • Meilleure évaluation de la nécrose après ce délai.
  • Pas de corrélation entre les anomalies morphologiques / gravité clinique à la phase précoce.
  • Le TTT d'éventuelles collections ne se fera pas durant les 48-72 premières heures.

Protocole :

SPC (foie et pancréas) : lithiase et de remaniements ou composantes hémorragiques
Temps pancréatique (45s') : acquisition abdominale
Temps portal (70s) : acquisition abdomino-pelvienne ; +/- temps tardif

Injection PDC

Injection PDC (1.5-2cc/kg) Débit (3-4cc/s)

4. IRM

Plus performante que la TDM pour la recherche des calculs cholédociens et pour la caractérisation des collections (liquidiennes ou nécrosées)

Indications

  • Recherche de LVBP
  • Bilan étiologique négatif (éliminer une tm isodense)
  • Bilan d'une rupture canalaire
  • Analyse des collections
  • CI au PDC (grossesse, insuffisance rénale)

Protocole

T2T2 FST1 EG + FS3D dynamique pré et post GadoWirsungo-IRM 2D – 3D

IVDiagnostic positif de PA

1. Critères diagnostiques : conférence d'Atlanta 2012

Selon la conférence d'Atlanta 2012, le dg est retenu en présence d'au - 2 des 3 critères suivants:

2. Aspect en imagerie

2.1. Échographie

Peu sensible. Elle peut montrer :

  • Augmentation de la taille du pancréas avec un aspect hypoéchogène ou hétérogène
  • Des collections péri-pancréatiques à contenu plus ou moins hétérogène
  • Un épanchement intra-abdominal
  • Calculs vésiculaires / lithiase des voies biliaires témoignant de l'étiologie lithiasique

→ Une échographie normale n'écarte pas le diagnostic.

2.2. TDM : permet de distinguer deux formes de PA

PA œdémateuse

  • Examen normal (30%)
  • Pancréas augmenté de taille (hypertrophie focale ou diffuse) avec perte de l'aspect lobulé
  • Rehaussement homogène de la glande pancréatique
  • Discrète densification de la graisse péri- pancréatique

PA nécrosante

  • Pancréas augmenté de taille (hypertrophie focale ou diffuse) avec perte de l'aspect lobulé
  • Plages hypodenses non rehaussées : nécrose <30UH)
  • 3 types : nécrose intra-pancréatique isolée (<5%) — risque de déconnexion pancréatique ; nécrose péri-pancréatique isolée (15%) — meilleur pronostic ; nécrose mixte (75%). Ces 3 types peuvent être stérile ou surinfecté.
PA œdémateusePancréas augmenté de taille avec perte de l'aspect lobulé (flèche) ; rehaussement homogène de la glande pancréatique.Brizi MG et al., La radiologia medica 2021, fig. 1 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées
PA nécrosantePlages hypodenses non rehaussées : nécrose ; collections péri-pancréatiques (flèches). A : temps artériel ; B : temps portal.Brizi MG et al., La radiologia medica 2021, fig. 3 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées

2.3. IRM

  • Hypertrophie focale ou diffuse de la glande : en hyposignal T1 ±hétérogène et hyperT2.
  • Le rehaussement présente la même sémiologie qu'à la TDM.
  • Le signal du pancréas peut être normal mais il est souvent en hypoT1 et hyperT2.
  • Les zones de nécroses ne sont pas rehaussées.
  • Les épanchements liquidiens sont en hyperT2 et les zones hémorragiques sont bien étudiées sur les séquences T1 EG. Elles sont en hypersignal T1.

·Collections pancréatiques et péri-pancréatiques

Les collections constituent la principale complication. Choisissez la forme et le délai : la collection d'Atlanta s'affiche avec son image TDM du cours.

< 4 semaines> 4 semaines Pancréatite Oedémato-Interstitielle (POI) Pancréatite Nécrosante (PN)
CANsiège intra et/ou péri-pancréatique

Cliquez une case du tableau.

Siège : CLAP adjacente au pancréas ; CAN intra et/ou péri-pancréatique ; PK adjacent ou distant au pancréas ; NOP intra et/ou extra pancréatique. Les espaces où siègent ces collections sont sur les coupes dessinées du rappel anatomique.

Évolution d'une collectionB : CAN (pas de paroi) ; C : environ 15 jours plus tard ; E : NOP (paroi propre). A et D : échographie ; F : IRM.Sureka B et al., Gastroenterology Report 2016, fig. 5 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées

VÉvaluation de la sévérité

1. Définition des degrés de sévérité de la PA : conférence d'Atlanta 2012

La sévérité de la PA est évaluée sur la présence ou non de défaillances viscérales et la présence ou non de complications locales.

  • L'évaluation de la défaillance viscérale est basée sur des critères cliniques et biologiques. Plusieurs classifications sont utilisées dont la classification de Ranson.
  • Les complications locales sont détectées par l'imagerie, principalement la TDM.

Degré de sévérité (Atlanta)

Défaillance
Peu graveModérément graveGrave

2. Critères de sévérité radiologiques : CTSI (CT Severity Index)

  • Se base sur la TDM faite 48 à 72H après le début de la symptomatologie
  • Associe la classification de Balthazar (0-4 points) + l'étendue de la nécrose pancréatique (0-6 points) avec un score final entre 0 et 10

Classification de Balthazar

Nécrose pancréatique

CTSI0/ 10
Index de sévéritéMorbidité %Mortalité %

Corrélation entre le score scanographique et le pronostique de la PA sur le plan morbidité et mortalité.

VIÉvolution : 2 phases

Une phase précoce (1ère semaine)

caractérisée par des anomalies systémiques pouvant aboutir à une défaillance viscérale. Durant cette phase, pas de corrélation entre les anomalies morphologiques constatées à l'imagerie et la gravité de la pathologie (défaillance viscérale). → Seuls les critères clinico-biologiques sont importants pour la décision thérapeutique

Une phase tardive (>1ère semaine, pouvant durer plusieurs semaines voire plusieurs mois)

caractérisée par la présence de complications locales (critères morphologiques déterminés par l'imagerie) ou la persistance de défaillance viscérale.

→ PEC dépend à la fois des constatations de l'imagerie et des critères clinico-biologiques

VIIComplications

1. Surinfection des collections pancréatiques et péri-pancréatiques

  • Infection des collections et de la nécrose surtout
  • Clinique : fièvre/ choc septique
  • Imagerie : bulles de gaz dans les collections +++
  • → faux positif : fistule digestive / après drainage ou ponction
  • Si pas de bulles de gaz → ponction à l'aiguille (dg +)
  • Pas de chirurgie avant 1 mois
  • → Si collection infectée : commencer par drainage PC (voie postérieure >> voie antérieure)
  • Apport de l'IRM : caractérisation du contenu des collections

NB : Les 4 types de collections peuvent se surinfecter : très rare pour les CLAP et les pseudokystes et plus fréquent pour les collections contenant de la nécrose (CAN et NOP).

SurinfectionBulles de gaz dans les collections +++ : gaz intra et péri-pancréatique (axial et coronal).Hutsebaut L et al., J Belg Soc Radiol 2023, fig. 1 et 2 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées
RappelPancréatite aigue emphysémateuse
  • = Pancréatite aigue (+/- nécrosante) avec gaz péri-intra-pancréatique d'origine infectieuse : germes BGN (Escherichia coli, Pseudomonas aeruginosa, Klebsiella pneumoniae) ou BG+ (Clostridium perfringens).
  • Plusieurs mécanismes : par voie indirecte : hématogène / lymphatique / reflux bilio-pancréatique ; par voie directe : fistule entérique (duodénum, colon +++).
  • Augmentation du risque chez les diabétiques : diminution de la réponse immunitaire due aux altérations microvasculaires + augmentation de la glycémie donc de la dégradation du glucose en CO2.
  • CTSI 4 : coulées liquidiennes péri-pancréatiques avec air au sein des coulées ; CTSI 6 : nécrose parenchymateuse > 50 % → pancréatite aigue nécrosante emphysémateuse, CTSI 10.
  • A niveau de gravité égal, la mortalité d'un patient avec pancréatite aigue emphysémateuse est la même que celle d'un patient avec pancréatite aigue surinfectée : PA grave +++, pas grave parce que emphysémateuse mais grave parce que infectée +++ ; taux de mortalité égal avec les PA nécrosantes.
  • Faux positifs de PA emphysémateuse : fistule-perforation digestive ; air post ponction-biopsie ; chirurgie ; ampoule de Vater béante (post sphinctérotomie +++).
Fenêtrage adaptéAvec un fenêtrage adapté, meilleure visualisation du gaz intra et péri-pancréatique.Hutsebaut L et al., J Belg Soc Radiol 2023, fig. 3 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées

Complications artérielles

  • Pseudo-anévrysme +++
  • A. splénique +++ > A. pancréatico-duodénale > A. gastroduodénal
  • TDM > artériographie (MIP+++)
  • TTT : * faux anévrysme stable → coil
  • Hémorragie aigue → embolisation >> chir

Complications veineuses

  • Thrombose veineuse / pseudo-anévrysme veineux (rare)
  • Veine splénique → HTP segmentaire
RappelSyndrome de Weber-Christian
  • Complication rare des pancréatites.
  • Physiopathologie : fistule pancréatico-porte ou pancréatico-mésentérique = libération d'enzymes pancréatiques dans la circulation systémique.
  • Nécrose adipocytaire avec panniculite lobulaire et infiltrat inflammatoire sous-cutanés.
  • Clinique : nodules hypodermiques des membres inférieurs, arthralgies-myalgies, fièvre.
  • Augmentation Amylase sérique +++
  • Imagerie : Communication d'une collection avec le système porte
Collection avec remaniement hémorragique récent (contenu hyperdense) ; autres collections péri-pancréatiques (flèches).Brizi MG et al., La radiologia medica 2021, fig. 5 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées
Imagerie : communication d'une collection avec le système porte. A–B : TDM ; C–D : IRM.Taepper MM et al., CVIR Endovascular 2026, fig. 1 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées
TDM temps portal reconstruction coronale : communication d'une collection avec le système porte (flèche).

2. Complications digestives

  • Inflammation : colite/ duodénite/ jéjunite/gastrite
  • Fistule digestive : Air +++ ; Scanner avec opacification digestive aux hydrosolubles (dilution 10%)
  • Rupture rate (rare)
  • Rupture CPP : à suspecter si Nécrose ≥ 2cm, centro-pancréatique ; CPP discontinu sur Bili-IRM (examen de référence)
Pancréas déconnectéNikhil et al. Pancreas 2015

Disconnected duct syndrome – Pancréas déconnecté

  • Séquelle fréquente des pancréatites aigues nécrosantes : 16-23% (plus rarement de traumatisme pancréatique) = déconnection complète du canal pancréatique dans sa portion corporéale ou caudale qui ne s'écoule alors plus dans le tube digestif.
  • Le pancréas déconnecté reste fonctionnel => écoulement permanent de liquide pancréatique dans l'abdomen.
  • Traitement : redirection du liquide pancréatique dans le tube digestif.

Diagnostic (Nikhil et al. Pancreas 2015) :

  • Nécrose pancréatique > 2 cm lors de l'épisode de PA
  • Visualisation de pancréas normal en distalité (queue +++)
  • Pseudo-kystes intarrisables sur le site de déconnection
  • Fistule pancréatique persistante

Le pancréas corporéo-caudal ne communique plus avec le pancréas céphalique : le suc pancréatique du canal pancréatique corporéo-caudal ne s'écoule plus par la papille. C'est un diagnostic important car le traitement est chirurgical +++ (pancréatectomie médiane + anastomose pancréatico-gastrique).

Évolution d'un pancréas déconnecté :

TDM à 48hPA necrosante. Nécrose isthmo-corporéale.
TDM à J15Nécrose pancréatique organisée.
TDM à 7 moisPancréas caudal déconnecté.
Contrôle post opératoireAprès pancréatectomie médiane et anastomose pancréatico-gastrique.

Autre exemple de pancréas déconnecté :

Lors du bilan TDM initialNécrose pancréatique > 2 cm (isthme et corps) ; visualisation de pancréas normal en distalité (A : coronal ; B : axial).Kim H et al., J Can Assoc Gastroenterol 2024, fig. 1 · source · CC BY 4.0 · flèches et lettres redessinées
TDM à 1 anNécrose complète du pancréas isthmique ; discrète dilatation obstructive du CPP ; infiltrat inflammatoire de l'isthme.
Traitement chirurgicalPancréatectomie médiane + anastomose pancréatico-gastrique.

3. Complications liées aux pseudokystes

CompressionFistulisation artérielleRupture

VIIIDiagnostic étiologique

  • Calculs cholestéroliques
  • Migration et enclavement dans les papilles (calculs de petite taille+++)
  • En faveur du dg : * Lithiase vésiculaire

*Cytolyse (ALAT > 3NL) → évocateur de l'origine biliaire (>95%)

  • Écho-endoscopie : importante intérêt pour le dg les petits calculs du bas cholédoque
  • TDM : Se 20% pour la lithiase biliaire → signes en faveur : * Dilatation des VB / Cholédocite (PDC+) / Cholécystite aigue associée ; * Calculs vésiculaires (sauf si cirrhose)
  • Sphinctérotomie endoscopique (SE) : risque accrue de mortalité par défaillance multiviscérale → l'indication de SE en URG : AA+ PA

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D'après le cours de l'auteur « Imagerie de la pancréatite aiguë ». Anatomie 3D : Z-Anatomy (CC BY-SA 4.0) ; coupes et schémas : dessins pédagogiques réalisés pour le site (pas d'images de patients). Rappel anatomique (segments, espaces) ajouté à la fiche.